La chasse ortolans calandres et gangas

C’est en regardant une émission à la télévision où des autorités politique et la cuisinière Maïté, vantaient la dégustation des ortolans qui m’est venu l’idée d’écrire la chasse aux ortolans.

Je ne suis pas le plus grand spécialiste de cette chasse mais
pour y avoir participé plus d’une dizaine de fois je vais essayer de vous raconter cette chasse de nuit avec une lampe au carbure et une cloche.

Les ortolans, petits oiseaux passereaux des champs et des prés connus pour leur chair délicate, et les calandres, la plus grande des espèces d’alouettes du sud se chassaient la nuit.

Quand on raconte cette chasse, personne n’y croit. Tout le monde pense à une blague comme la chasse aux dahus, ou les descendants de Tartarin de Tarascon. Et pourtant cette chasse existait vraiment dans notre Sersou.

L’été se termine, les moissons aussi, les ortolans et les calandres par milliers, des vols entiers s’abattaient dans les chaumes pour y trouver de la nourriture et pour passer la nuit. Ils étaient ainsi repérés par les chasseurs qui les guettaient au coucher du soleil. Il fallait faire attention aussi à la lune, une nuit trop éclairée
compromettait la bonne réussite de la chasse. Quand on avait repéré où le vol s’était posé pour passer la nuit. On attendait patiemment la pleine nuit autour d’un bon casse-croûte comme pour toutes les chasses. Quand la nuit était bien noire, on garnissait une lampe à carbure que l’on mettait dans un bidon carré avec un
trou rond dans le fond pour tenir la lampe et une ouverture en carré sur un côté permettait de diffuser la lumière de la lampe. La personne qui était au milieu tenait le bidon éclairé, suspendu autour du cou et actionnait une cloche qui émettait un bruit sourd et régulier pour abasourdir les oiseaux et pour couvrir les pas des chasseurs ou pour une autre raison que personne ne connaît : c’est le secret de cette chasse ! Deux autres chasseurs se plaçaient de chaque côté du sonneur de cloche, avec un sac en toile que l’on
porte en bandoulière et dès que nous apercevions dans le faisceau de la lumière une petite boule de plume blottie dans un creux du sol, discrètement nous nous abaissions pour la saisir, ‘‘l’estourbir’’ (la morale ne veut pas que je donne la définition de ce mot) et la mettre dans le sac. Si nous avions bien observé le vol qui s’était posé dans les chaumes et si les oiseaux n’avaient pas bougé
avant de s’endormir, nous remplissions rapidement les deux sacs, ce qui faisait entre 30 à 40 douzaines d’oiseaux.

Après la chasse on se partageait les oiseaux. Le plus dur restait de les plumer avant de les manger. Il fallait des mains délicates et rapides. Maman était une experte, surtout pour les ortolans qui étaient plus petits et bien gras, ils fondaient dans nos mains. Il
fallait d’abord plumer les parties les plus délicates pour ne pas arracher la peau, mais quel régal une fois cuisiné, en brochette, en fritta ou de quelque manière que se soit, c’était un délice.

On chassait aussi les gangas au fusil.

Les gangas sont des oiseaux galliformes (gallinacés) Ces beaux oiseaux de la grosseur d’une perdrix, ils se déplaçaient en vols de plusieurs milliers d’oiseaux virevoltants, semblables aux étourneaux, formant des nuages. Le volume et la densité de ces nuées obscurcissaient la lumière solaire sur leur passage.

En été tout possesseur de fusil s’improvisait chasseur et il suffisait de fermer les yeux en tirant dans le tas. Même dans ces conditions, il était facile de réaliser un « beau carton ». Les vrais chasseurs eux, se tenaient à l’affût près d’un point d’eau, attendaient que le vol posé finisse de boire, se lève et croise le vol descendant qui venait boire à son tour pour réaliser un doublé invraisemblable et abattaient aux alentours de cent pièces.

Un autre mode de chasse consistait à repérer un vol de plusieurs centaines de gangas, et à l’aide de frondes nous les contraignions à se poser près des fils électriques ; quand nous les jugions suffisamment près, toujours avec la fronde, on lançait des
pierres sur les gangas posés à terre qui s’envolaient en direction des fils électriques et souvent trois ou quatre pièces touchaient les fils et mouraient. Il arrivait souvent que nous ne puissions pas faire poser le vol près des fils électriques par le jet de nos pierres, alors le vol de gangas prenait une autre direction.

Pour rester dans la chasse comment ne pas vous raconter les parties de chasse, au tire-boulette appelé « estak ». Il était fait d’un manche, en Y, en bois ou parfois en fil de fer suffisamment gros pour être solide, de deux grosses lanières d’élastique, faites avec une chambre à air ou en élastique carré et d’une pochette de cuir qui recevait le projectile, pierre ou bille. On partait la nuit munis d’une lampe torche sous les arbres. On cherchait les oiseaux avec la lampe, quand on en avait trouvé un, avec l’estak on tirait une pierre pour essayer de le descendre. Mais ce qui était le plus intéressant, c’est que cette partie de chasse se terminait souvent devant le domicile du commissaire de police. Lui, nous attendait derrière le portail. Nous nous arrangions pour qu’un estivant en vacances au village soit le plus près du portail. Dès que le tireur lançait son projectile en faisant en sorte qu’il retombe sur les tuiles d’une maison, le commissaire sortait avec son vélo et poursuivait les sauvageons. Quand l’un de nous était pris, le plus souvent c’était le nouveau venu, il avait le droit à une belle correction de la part du « shérif » qui était toujours chaussé de grosses godasses de l’armée ; c’était un partisan des coups de pied au cul. Y avait-il une complicité entre les sauvageons et l’homme de loi ? Qui sait ! Je ne pense pas, mais en tous les cas, chacun partait à la maison satisfait, excepter peut-être celui qui avait pris un coup de pied au cul.

d;o))

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